{ août 12th, 2010 }

Correspondances animistes

La correspondance est intéressante pour les ateliers puisqu’elle comporte un certain nombre de règles et  conventions, et se décompose en de nombreux sous-genres codifiés. Il est alors assez facile de s’amuser à modifier l’un des paramètres (le destinataire, le registre de langue…) pour créer des lettres originales. Et pourquoi pas ? les poster…

Les deux propositions suivantes reposent sur le choix d’un destinataire singulier, objet ou institution. Le travail d’écriture portera notamment sur l’utilisation subtile du vocabulaire, notamment sur les expressions à double entente, les sens dérivés des mots. Ces propositions offrent également la possibilité de se laisser aller à une certaine emphase (lettre 1) et à la folie douce d’un ton décalé qui fait exploser les cadres (lettre 2).

Lettre 1 :

Support : Léo Ferré « A mon habit », Lettres non postées, Ed La Mémoire et la Mer (2006)

Proposition : Ecrire une lettre à un objet en l’humanisant (utiliser la deuxième personne, prêter au sujet choisi une personnalité, évoquer la relation amoureuse ou conflictuelle à cet objet …). Cette lettre peut être un hommage, une annonce,   une lettre quotidienne ou de vacances…

Quelques exemples :

–          lettre de rupture destinée à un appareil défectueux !

–          lettre de vacances destinée à un divan qui nous manque cruellement

–          lettre d’hommage au banc de l’école que l’on a usé

–          déclaration d’intention à la boîte aux lettres : «  Je ne t’ouvrirai plus…….. »

Voici un texte réalisé au cours de cet atelier:

Lettre à ma bibliothèque

Lettre 2 :

Support : François Weyergans, Trois jours chez ma mère (extraits)

« Je viens d’envoyer un fax à ma banque, où je me livre à des variations sur l’endettement. Je rappelle au directeur de l’agence la célèbre proposition des économistes Miller et Modigliani où ils établissent que la valeur d’une firme endettée est la même que celle d’une firme non endettée. Je lui raconte la visite de Charles Quint à ses banquiers d’Augsbourg qui eurent l’élégance de brûler devant lui, dans un feu de bois de santal, les reconnaissances de dettes qu’il avait signées. Le récit du séjour de Charles Quint chez les Fugger, ses banquiers, qui le traitèrent splendidement, fait partie d’un des livres que j’écris en ce moment : j’ai trouvé normal que mon banquier le lise avant mon éditeur. (…) « Comme j’ai de la chance de vivre en France ! Ce n’est pas aux Etats-Unis que l’on traiterait un écrivain avec une telle mansuétude »ai-je pensé en surveillant l’envoi d’un nouveau fax à M. le comptable du Trésor en prévision du non-respect de mon échéancier : « Vous et moi avons le même désir, celui que mes impôts soient payés. Pour vous, c’est votre travail. Pour moi, c’est un cauchemar. Cher Monsieur le comptable du Trésor, la célèbre psychanalyste Françoise Dolto dit que les gens écrivent parce qu’ils tomberaient malades s’ils n’écrivaient pas. Moi, c’est le contraire : c’est écrire qui me rend malade. Vos commandements de payer me ramènent à la réalité et je vous en remercie. Il faut que je finisse mon prochain roman. »

François Weyergans, Trois jours chez ma mère, p 89-93, Editions Grasset (2001)

Proposition : Ecrire une lettre à une institution (école, ministère, administration….) adressée à l’institution elle –même (ex : Chère Sécurité sociale) comme s’il s’agissait d’une personne.  Rompre toute distance en privilégiant les indices d’une certaine intimité : tutoiement, confidences, évocation de souvenirs, registre de langue courant ou familier…

Voici un texte réalisé à partir de ces consignes:

Lettre à ma CAF

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