{ avril 29th, 2011 }

Atelier Printemps des poètes, « infinis paysages »

Le Printemps des poètes est l’occasion de découvrir des auteurs et des textes contemporains, de creuser un thème, d’aller chercher du côté de la poésie un renouvellement de son écriture. Les consignes n’auront pas besoin d’être très originales tant les textes sont riches et divers! Il sera peut-être difficile de convaincre les plus réfractaires qu’il peuvent se risquer à l’écriture poétique. Pour les convaincre, rappeler que la poésie est avant tout une écriture libre, la plus libre en ce sens qu’elle initie ses propres codes, qu’elle n’obéit qu’à son « vouloir exprimer ».

Alors, autant commencer par prendre des libertés avec elle! S’emparer des textes pour les triturer, les remodeler, les piller hardiment!La chimère ou le caviardage fourniront une entrée en matière classique, mais subversivement efficace.

Première partie

Pour le caviardage, je propose de choisir deux textes de forme et d’écriture très différentes, l’un plutôt  touffu, prolixe, débordant de mots et d’images, l’autre plutôt dense, ramassé, concis. Le caviardage consistera à passer d’une forme à l’autre, vers l’épure.

Du point de vue créatif, caviarder, ce n’est pas  rayer à la façon des censeurs pour faire disparaître du texte, mais au contraire, révéler un sous-texte, peut-être insoupçonné de l’auteur, un univers caché dans l’apparent de l’écrit.

Pour cet atelier, j’ai choisi les poèmes de Sophie Braganti et de Fabienne Courtade.

Ce que le bleu soulève…

L’Herbe pousse par une fente

Proposition d’écriture : Caviarder ! Supprimer hardiment des passages du texte de Sophie Braganti pour obtenir une version épurée, une forme minimale de son poème. Se rapprocher de la structure et de la forme du poème de Fabienne Courtade.

A lire, l’étonnante version caviardée du poème de Sophie Braganti, qui nous entraîne vers de tout autres paysages!

le bleu, poème presque inédit Exemple de texte réalisé suivant ces consignes

Deuxième partie

Le thème du Printemps des poètes 2011 nous guide vers d’infinis paysages, que l’on peut entendre comme des espaces sans bornes, sans achèvement, sans limite, ou du point de vue de l’inspiration comme inépuisables, insondables, jamais totalement explorés. Si la mer ou la montagne sont réelles, leur paysage est représentation.Aussi le paysage est moins ce que l’on voit que ce que l’on juge digne du regard, susceptible de contemplation. L’association du terme d‘infinis à celui de paysages apparaît alors singulière, puisque le paysage nous a été donné comme ce bout d’univers qui peut être compris dans l’espace restreint d’une carte postale, ou bien découpé par le rond bien net d’une lunette d’observatoire… Le paysage semble dès lors indissociable du regard humain porté sur la nature, et siège naturellement en poésie, langue particulière, idiolecte qui cherche à faire résonner en l’autre sa singularité sensible.

Pour ceux qui, comme moi, apprécient modérément les longues descriptions de couchers de soleil flamboyants ou de verte prairie, ces infinis paysages sont délibérément intérieurs, ils s’étendent dans l’imaginaire. L’atelier d’écriture cherchera ici à dévoiler les paysages mentaux et les utopies, lieux rêvés que l’on porte en soi.

Support: Claude Albarède, extrait inédit tiré du livre à paraître Un Chaos praticable L’extrait choisi sera interprété comme un parcours dans l’écriture, suivant cette idée que tout poème parle aussi de ce qu’est le poème. On parlera d’autotélisme du poème (qui renvoie à sa propre création). L’itinéraire devient la métaphore filée des élans, des détours, des sauts et gambades (expression empruntée à Montaigne) de l’écriture en marche.

les sentiers praticables

Proposition d’écriture : Faire un poème en prose ou en vers libres détaillant chaque étape d’un parcours, d’un itinéraire mental : itinéraire amoureux, parcours de vie, cheminement dans l’écriture… Imaginer toute une géographie intérieure, avec ses reliefs, le jeu des éléments, un climat, une végétation. Ecrire à l’infinitif, à l’impératif ou au présent suivant la nature du texte :  « itinéraire conseillé », récit, description objective…

Enlisement, texte réalisé en atelier

Support: René Char, Qu’il vive!, tiré du recueil Les Matinaux / Henri Michaux, Je vous écris d’un pays lointain, tiré du recueil Plume

Proposition d’écriture : Ecrire la vision d’un pays rêvé, avec son « ordre du monde », ses propres lois naturelles, les principes qui le gouvernent. Procéder par aphorismes, développés, commentés, ou laissés en suspend. Cet ailleurs est utopie, métaphore de ce monde ou idéal personnel.

3 Responses
  1. brisson dit :

    l’oeil faible
    pour faire connaissance
    les fantômes
    dans le bleu
    il y a des mots
    comme ceux
    pour qui
    cheveu d’azur
    il ne reste rien
    sont loin derrière
    les paroles qui ne sont pas dites
    sous tes yeux je ne les ai pas bien regardés?

    qui tient le stylo (quand on commence par la fin)

  2. brisson dit :

    sur la neige les étoiles
    je guette le reanard
    tu voudrais m’inventer
    où je m’engouffre
    pas la moindre cicatrice
    sous l’acide lumière

    et

    d’adjectifs impossibles
    quelques virgules ondulent
    sous les langues mille fois tournées

  3. brisson dit :

    toutes mêlées d’air bulles globules virgules
    je souffle à ton âme et dors à ton souffle
    entre les doigts fuirent les chevaux d’amour
    visage de la blancheur l’oubli de nos secrets
    voix muettes mots d’amour meurtris
    chuchotent encore à peine
    j’aperçois de légers mouvements à la cime des cyprès
    au même moment je me retourne
    aujourd’hui je l’entends d’ailleurs
    je reviens sur mes pas sans cesse à reculons dorénavant
    la lumière de la fenêtre maintenant atteinte de tremblement
    à la verticale un monstre caché
    gris noir dans nos mémoires endormies
    avec des variations pour croire à ce réveil
    cette fois une porte a claqué s’écroulant comme l’enfer
    je suis devant cette porte et je ne sais où aller

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