{ avril 23rd, 2013 }

Atelier d’écriture « Road Movie »

Certains ouvrages sont idéalement conçus pour fournir des supports et consignes d’ateliers. Ils offrent des ouvertures et des propositions infinies à travers tout ce que le récit ne dévoile pas,  à celui qui veut investir ces espaces en creux.

Rouler, de Christian Oster raconte un voyage sans but précis, une sorte de « dérive » à la façon des situationnistes, et ne raconte que cela. On sait peu de choses du narrateur, de ce qui, de sa vie, se situe autour et à l’origine de ce départ.

Le récit offre des situations à exploiter: points de départ pour anecdote, cadres pour des rencontres, ou points d’arrivée à expliciter à rebours.  Le voyage permet en outre de scander un atelier en étapes, de faire semblant de « sauter » d’un chapitre à l’autre comme en feuilletant, tandis qu’un roman possible s’écrit en filigrane dans l’imaginaire des participants.

Le départ

« J’ai pris le volant un jour d’été, à treize heures trente. J’avais une bonne voiture et assez d’essence pour atteindre la rase campagne. C’est après que les questions se sont posées. Après le plein, j’entends. »

Proposition d’écriture : Continuer le récit. Écrire en 15 lignes maximum le départ, les premiers paysages traversés, le contenu du coffre et les petits détails pratiques du voyage. Le narrateur est centré sur la situation présente. Résister à la tentation d’expliquer.

Les « bagages » (contraintes) : durant tout l’atelier, les « bagages » suivants sont à véhiculer. L’objectif est d’en caser le plus possible dans le coffre !

Teinte orange décolorée ; Sachet de dragées ; Un pot-au-feu d’idées ; Une heure de crochet ;L’homme avec le plus de poils dans le nez qu’on puisse imaginer ; Soupe de navets ; La fin des soldes ; Se tailler la frange à coups de ciseaux ; Joggings phosphorescents ; Papier à lettre rose ; Le siège du Parti

Microsoft Word – atelier Road Movie Départ

Première étape : l’arrêt

« C’était un petit établissement d’angle, avec deux tables sur le trottoir. »

Proposition d’écriture : Sans forcément relier le texte au texte précédent, raconter une première étape, marquée par une rencontre. Rester dans un « ordinaire  décalé », ne pas rechercher la rencontre déterminante, la coïncidence romanesque, mais écrire une rencontre à la fois banale et  spontanée.

Atelier Road movie Etape 1

Deuxième étape : le village

« Là aussi c’était beau. Dans le genre typique. Je me suis garé dans le centre près de l’église. Tout autour, même sans lever les yeux, c’étaient des hauteurs avec des parcelles en pente, encadrées par des haies, et parfois de grands espaces drus et ras, que coupaient des boisements. La rue où je m’avançais était pavée, avec des façades et des toits anciens. Je croisais des touristes surtout, des gens qui prenaient des photos ou progressaient d’un bon pas dans leurs chaussures de marche, en jetant de côté des regards enregistreurs. »

Proposition d’écriture : Sans forcément relier le texte au texte précédent, raconter l’étape. Il ne se « passe » pas nécessairement grand-chose. L’observateur narrateur est attentif aux ambiances, aux impressions.

Microsoft Word – Road Movie Etape 2

En fonction de la durée de l’atelier, il est possible d’ajouter des étapes. Toutefois, on se gardera de conclure ou de rechercher une chute, pour rester dans l’ouverture du roman.

2 Responses
  1. Zita dit :

    « J’ai pris le volant un jour d’été, à treize heure trente. J’avais une bonne voiture et assez d’essence pour atteindre la rase campagne. C’est après que les questions se sont posées. Après le plein, j’entends. » Car tout en conduisant, je lorgnais sur ce papier à lettre rose qui avait atterri ce matin dans la boîte au lettre du siège du parti. Et toutes sortes d’élucubrations traversaient mon esprit mou (car j’avais décidé de me laisser porter par la musique) : une réelle prétendante ? Cette option me laissait rêveuse. Déjà, peu étaient nombreux ceux qui étaient au courant de ma bisexualité ; ensuite, je n’avais pas l’habitude que l’on mette autant de manières dans une déclaration… Ca me paraissait peu probable. A mon avis, on cherchait à nous faire du tort. Pourquoi pas « l’homme avec le plus de poils dans le nez qu’on puisse imaginer »? Il était passé hier. On le remarque direct, avec sa démarche courbée et son vieux bonnet tout miteux. Le pauvre! Tout le monde au sein du parti le prend en pitié. Alors, lorsqu’il vient nous exposer ses doléances, on pose son menton dans ses paumes et on ouvre grandes ses esgourdes. Seulement, on sent bien qu’il n’est pas dupe et qu’il rumine intérieurement. Alors? Tout était possible! Même les deux sœurs et leurs joggings phosphorescents qui passent tous les mercredis matins prendre la température des locaux, l’air de rien… Soudain, j’avais un pot-au-feu d’idées ; mon cerveau n’allait pas tarder à cramer! « Bang! » Collision! Faute de sortir par mes oreilles, la fumée noire échappée du capot faillit bientôt m’étouffer… Je sortis précipitamment et constatai : « C’était un petit établissement d’angle, avec deux tables sur le trottoir. » Un couple était visiblement entrain de déguster une soupe de navets. Tout occupés à s’ausculter, c’est à peine s’ils avaient remarqué mon infortune. D’ailleurs, un sachet de dragées était posé sur la table. Inutile de préciser qu’ils avaient autre chose en tête. Je me dirigeais donc à l’intérieur, un peu titubante tout de même, en espérant un minimum de compassion. Elle ne leva pas les yeux de son vernis, d’une teinte orange décolorée, scotchée à son téléphone et parlant fort. Où il était question d’un petit haut en dentelle et de la fin des soldes. Aussi du manque de crédits. Elle raccrocha. «-Oui ? Il vous faut ? » Je rêve ou quoi ?! Personne ne semblait s’être rendu compte de rien. « -Ben… je viens d’avoir un accident. Tout contre votre resto. » « -Nooon ?!? Pour une fois qu’il se passe un truc, ici ! Ca va ? Vous n’avez rien de cassé ? Parce-que je peux appeler l’hôpital et » « -Non, non merci. Tout va bien ! Par contre, je crois que je vais avoir besoin d’une dépanneuse. Vous ne connaîtriez pas quelqu’un qui voudrait bien se déplacer un dimanche? » Le lendemain, j’étais bien évidemment toujours là, entrain de siroter un cacolac et de me faire tailler la frange à coups de ciseaux assurés, par la charmante Camille aux cheveux en batailles à force d’y passer ma main… Sur un coup de tête, on décida que Basta! Elle avait elle aussi droit à son comptant de liberté et ni une, ni deux, on prit le volant de sa Mini pour une destination indéfinie. « Là aussi c’était beau. Dans le genre typique. Je me suis garée dans le centre près de l’église. Tout autour, même sans lever les yeux, c’étaient des hauteurs avec des parcelles en pente, encadrées par des haies, et parfois de grands espaces drus et ras, que coupaient des boisements. La rue où je m’avançais était pavée, avec des façades et des toits anciens. Je croisais des touristes surtout, des gens qui prenaient des photos ou progressaient d’un bon pas dans leurs chaussures de marche, en jetant de côté des regards enregistreurs. » Camille attendait dans la voiture que je ramène la fameuse carte routière, sésame indispensable, il est vrai, dans ce coin particulièrement paumé! De retour, il lui prit l’envie de faire un petit tour et nous nous attardâmes alors dans les ruelles pleines de charme. Il y avait de très jolis jardins et aussi pleins de mamies qui tricotaient sur les bancs. En passant devant l’une d’entre elles, on fut prises à partie: « Ca ne vous direz pas d’apprendre, les jeunes ? Une heure de crochet! Vous verrez, c’est facile! » Et c’est ainsi qu’on confectionna un magnifique napperon qui irait trôner ad vitam sur la télé du restoroute, souvenir rococo de notre escapade en amoureuses.

  2. sylvie.hernandez dit :

    Bonjour,

    Merci pour cette contribution. je l’ai laissée en commentaire, mais je ferai certainement comme pour les textes des membres, je mettrai le vôtre en pdf sous la consigne, ce sera plus lisible qu’en bas de page. Bravo pour votre texte.

    Sylvie Hernandez

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