{ novembre 5th, 2013 }

Atelier d’écriture « Petits détails » 1

Le petit détail révélateur est au centre de nombreux récits. Dans le genre policier, son rôle est primordial puisqu’il lui revient de faire basculer l’intrigue, point de départ de la mise à jour complète de la vérité.
Dans la nouvelle, il peut constituer cet épiphénomène qui déclenche la prise de conscience, la « crise » momentanée ou radicale.
Le petit détail révélateur représente surtout l’essence-même du travail d’observation, de la posture de l’écrivain par laquelle il s’attache à communiquer une perception particulière, plus précise ou inédite.

Première partie :

Pour ouvrir cet atelier d’écriture, on peut proposer de façon classique une liste à la manière de Sei Shōnagon (Notes de chevet) des fameux « détails qui tuent », ou de « petits détails qui gâchent tout ».
La proposition est susceptible d’être précisée à l’extrême ( par exemple : liste des « détails qui montrent que l’on est invité par obligation, bien que l’on s’efforce de nous démontrer le contraire… »).  Dans ce cas, les participants échangent entre eux des propositions de listes (rédigées sur de petits papiers), dont devront s’acquitter les destinataires.

Deuxième partie:

L’extrait suivant est tiré de l’excellent recueil de nouvelles de Quim Monzó, Mille Crétins (Ed. Jacqueline Chambon, 2009), qui, au-delà d’une lecture réjouissante, recèle bon nombre de petites pépites pour les ateliers d’écriture.

« C’est une table rectangulaire, sur un côté de la salle à manger. Une des femmes choisit une des chaises contre le mur et l’autre la place qui est en face d’elle. Les deux maris se retrouvent donc aussi face à face, mais du côté de l’allée.

Et alors qu’ils sont encore debout, en train d’enlever leurs vestes, sans faire exprès, une femme donne un coup de manche à une fourchette, la sienne, qui tombe par terre sans faire de bruit, parce bien qu’il y ait peu de monde dans la salle à manger la musique d’ambiance couvre tout, et qu’en plus on entend des voix qui viennent de la cuisine. La chute de la fourchette est passée inaperçue des trois autres personnes. (…) Si bien que la femme, d’un geste rapide,  se penche et ramasse la fourchette. Mais au lieu de la poser sur un coin de la table pour que le serveur la remplace par une fourchette propre, elle prend la fourchette de son mari, la met à la place de la sienne, et pose celle qu’elle avait ramassée par terre, à gauche de l’assiette de son mari, là où se trouvait celle qu’elle s’est appropriée.
(…) Pourquoi n’a-t-elle pas demandé au serveur de changer sa fourchette ? (…) Est-il moins regardant ? (…) Est-ce un échantillon de bien d’autres petites vengeances auxquelles elle se livre ? Est-ce qu’elle crache dans la tasse de café au lait de son mari, le matin, quand il regarde ailleurs ? »

Extrait de La Fourchette, in Mille crétins de Quim Monzó

Proposition d’écriture:

Choisir parmi les situations suivantes (ou en inventer une) un décor qui semble propice à la révélation, par un petit événement, un geste, une parole ou un regard, d’une vérité cachée. Le point de vue est externe, l’observateur-narrateur n’a pas accès à cette vérité cachée à propos de laquelle il produit des hypothèses.

Par la fenêtre d’une salle de classe
Un dimanche en famille
Sur la plage
A l’accueil d’une banque, ce que l’on aperçoit derrière la vitre…

Atelier Petits détails texte réalisé

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